Pétainisme, plantuisme et journalisme

Christine Clerc et Plantu : une même haine médiatique contre Jean-Luc Mélenchon et Henri Krasucki

     Le 11 avril, la journaliste Christine Clerc qualifiait Jean-Luc Mélenchon de « gauchiste »¹ dans le Télégramme. Tout journaliste compétent et rigoureux sait pourtant que les gauchistes rejettent les élections et le  parlementarisme, ce qui n’est pas le cas de Mélenchon. Le 9 juin 2013, elle l’avait comparé dans le Midi Libre à Le Pen². L’assimilation de la gauche à l’extrême droite est ce premier point commun qui la lie au dessinateur du Monde et de L’Express Plantu qui, en 2011, avait dessiné Mélenchon portant un brassard rappelant celui des nazis et lisant à la même tribune le même discours  que Le Pen (« Tous pourris »), lui grimaçant et l’air haineux, elle radieuse et souriante, et Jean-Marie Le Pen en arrière-plan.


« Français de fraîche date » : Christine Clerc parle comme Gollnisch et Pétain

Pourtant, ceux-là mêmes qui, comme Plantu et Christine Clerc, renvoient dos à dos « les extrêmes » et pratiquent le « point Godwin », sont travaillés dans leur cœur comme l’étaient leurs ancêtres médiatiques : plutôt Hitler que le Front Populaire ; aujourd’hui, plutôt Le Pen que Mélenchon. Et en effet, leur second point commun est l’antisémitisme³. Lors d’un « Club de la presse » d’Europe1 en 1987, Christine Clerc avait reproché à Henri Krasucki, juif communiste et résistant déporté, torturé par la brigade spéciale n°2 des Renseignements généraux, d’être un « Français de fraîche date » qui, né en Pologne et « naturalisé en 1947 », se permettait de critiquer la politique de la France⁴. Cet élément de langage est typique de l’extrême droite. Le député européen du FN Bruno Gollnisch, qui fait des saluts nazis avec ses amis Dieudonné et Jean-Marie Le Pen, a employé la même expression contre un élu du PS (qui a porté plainte). Dans son discours du 13 août 1940,  Pétain accablait aussi les « Français de fraîche date », et c’est bien entendu les juifs qu’il visait en particulier, ainsi que d’autres « ennemis de l’intérieur » comme les francs-maçons (désignés comme « l’anti-France »), car le même jour, le gouvernement publiait une mesure contre les « sociétés secrètes », qu’il fit interdire et persécuter :

« Je laisse de côté, pour le moment, les mesures très nombreuses que nous avons prises ou qui sont déjà envisagées pour rouvrir à la France meurtrie les portes de l’avenir : épuration de nos administrations, parmi lesquelles se sont glissés trop de Français de fraîche date, répression de l’alcoolisme, qui était en train de détruire notre race ; encouragement à la famille, cellule essentielle de la société et de la patrie ; réforme de l’instruction publique, en vue de la ramener à sa fonction éducatrice et à son rôle national. »

Laurent Joly, chargé de recherche au CNRS et spécialiste du régime de Vichy confirme dans Le Monde qui était visé par l’expression « Français de fraîche date »⁵ :

« le gouvernement […] préfère sans doute – et sur ce point Pierre Laval, vice-président du Conseil, calcule qu’une loi raciale passerait mal dans l’opinion – le détour de mesures générales qui visent les naturalisés, les « Français de fraîche date ». Pour résumer, les Français nés de père étranger peuvent être licenciés de leurs emplois dans la fonction publique, et surtout, dans deux professions, qui n’ont pas été choisies au hasard : le barreau et la médecine, lesquelles, selon la propagande antisémite, étaient envahies par les juifs depuis l’entre-deux-guerres.

Plantu défend l’obsédé antisémite Dieudonné. Ses caricatures de socialistes ivrognes s’inscrivent dans la tradition du dessin d’extrême droite

islamoComme Christine Clerc, Plantu s’en est pris à Krasucki dans les années 1980, et s’en prend à Mélenchon et aux syndicalistes depuis des années, qu’il a comparés à des islamistes en Une du Monde le 1er octobre 2013. S’il n’est pas certain que les attaques de Plantu contre Krasucki furent antisémites – elles furent « au minimum » anti-ouvriers –, sa défense de l’obsédé antisémite Dieudonné, en revanche, est un fait. Invité de I-télé le 9 janvier 2014, Plantu affirmait que Dieudonné « tape sur toutes les religions ». Il défend donc l’antisémite Dieudonné mais assimile Mélenchon à Le Pen et Hitler…  Que Jean-Marie Le Pen soit le parrain de l’un des enfants de Dieudonné ne le gêne guère non plus…

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plantu jlm + krasu

Plantu caricaturait Krasucki comme il caricature Mélenchon : en ivrogne. C’est aussi ce qu’a fait le parti politique de Dieudonné et Soral ainsi que le syndicat d’étudiants d’extrême droite « UNI » ; c’est aussi ce que faisaient leurs prédécesseurs de l’extrême droite anti-dreyfusarde contre Jaurès, le socialiste ivrogne étant un archétype de la caricature d’extrême droite.

Le discours de Pétain illustre parfaitement ce cliché, puisque juste après « Français de fraîche date » vient « répression de l’alcoolisme ».

La haine anti-populaire et anti-syndicaliste de Plantu est d’autant plus ignoble que Krasucki avait en effet un parler pâteux, qui était dû non à l’alcool (il ne buvait pas du tout) mais à la maladie. Plantu le savait à l’époque, c’est donc à peu près aussi ignoble que s’il s’était moqué d’un aveugle ou d’un nain.

***

  1. « Primaires : quel bazar ! »
  2. « Aimer la France, aimer les Français »
  3. C’est ce que suggérait le journaliste Hervé Nathan, le 25 janvier 2003 dans Libération (« Les trois vies d’Henri Krasucki » ) ainsi que bon nombre de personnes ayant vu l’émission.
  4. « Candidats, vos papiers ! », 5 octobre 2006, L’Express, Éric Mandonnet

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