Le Pen, « seul recours à gauche » selon le Nouvel Observateur

Selon Le Nouvel Observateur, Marine Le Pen a « des idées sociales »

     Alors que Marine Le Pen elle-même exige que son parti soit qualifié de « droite nationale » et qu’elle-même appelle à une « recomposition » de la droite autour du Front national, il est de plus en plus courant que des journalistes présentent l’extrême droite comme une version plus attrayante de la gauche. On peut en voir plusieurs exemples avec BFM TV (« Le Front national plus rouge que Mélenchon », 13.02.2013), Libération (« Et si le FN était plus à gauche que François Hollande ? », 02.06.2014), ou encore Le Point (« Le FN, parti « hard left » », 23.02.2014).

     Le 1er septembre, la journaliste Mathilde Fenestraz du Nouvel Observateur a publié une « contribution »* de Max Leonart, présenté comme « fonctionnaire anonyme ». La contribution est titrée « Fonctionnaire, je suis déçu par le PS… et certains de mes collègues rallient le FN ». L’en-tête indique que le texte est « sélectionné par le Nouvel Obs ».

Sous le titre, d’abord, cette illustration :

https://i0.wp.com/referentiel.nouvelobs.com/wsfile/4581406886169.jpg?w=640

Puis la conclusion :

« Jean-Luc Mélenchon se retire de son Parti de gauche aux idées aussi disparates qu’indécises pour cuver son blues ; l’extrême-gauche s’enfonce dans son utopisme nombriliste ; le parti communiste n’en finit pas d’agoniser.
Avec ses idées sociales clairement affichées en faveur des « petites gens », dont les fonctionnaires, le parti de Marine Le Pen se positionne comme le seul recours à gauche. L’héritière semble l’avoir bien compris et ne cache désormais plus sa capacité, elle-aussi, à « assumer les pouvoirs de la République ». »¹

Le Nouvel Observateur choisit donc, sans aucune analyse critique, de laisser dire dans ses pages que l’extrême droite a des « idées sociales » alors que tout journaliste sait très bien, à moins d’être incompétent, inculte et très faible d’esprit, que l’extrême droite n’a pas des « idées sociales », mais une idéologie antisociale, hostile aux fonctionnaires – qu’elle a toujours désignés comme parasites –, hostile aux chômeurs – qu’elle a toujours traités d’« assistés » –, hostile aux syndicats – qu’elle a toujours traités de « preneurs d’otages » et d’ « émeutiers » –, hostile au progrès social – le revenu maximum et le salaire maximum autorisé dans les entreprises sont pour Le Pen des propositions « soviétiques »² ; invitée du mouvement patronal Ethic le 24 janvier 2012, Le Pen le rassure : « je ne suis pas votre ennemie», « je ne crois pas à une augmentation du SMIC »³ etc. L’extrême droite est très favorable au grand patronat. Pourquoi est-il si dur pour les journalistes de comprendre la proximité entre FN et NSDAP (« Parti national-socialiste des travailleurs allemands ») ? Inculture historique, paresse intellectuelle, malhonnêteté ? Le national-socialisme – « Nationalsozialismus » en allemand – est plus couramment désigné en français sous l’abréviation nazisme). Les nazis étaient-ils socialistes parce qu’eux-mêmes se disaient nationaux-socialistes ? Si Marine Le Pen fait des procès aux journalistes qui la qualifient d’extrême droite, et exige qu’ils la repeignent en « droite nationale », doivent-ils lui obéir ? Et pourquoi être plus lepéniste que Le Pen, en la classant à gauche, alors qu’elle-même se dit de droite ? Pourquoi tant de journalistes ne comprennent-ils pas que, quand le Front national se gauchise, il ne le fait qu’en apparence, pour attirer à lui les abrutis ? Pourquoi nient-ils que l’interclassisme du Front national est l’un des fondements des fascismes mussolinien et hitlérien ? Ces journalistes sont pourtant informés des nombreuses quenelles et autres saluts nazis faits par les benêts rouges, mouvement réactionnaire mené par le patronat et à son profit, qui se revendique lui-même interclassiste – suivi en effet par un grand nombre de soraliens-dieudonnistes issus tant des milieux pauvres et des classes moyennes incultes que de la haute bourgeoisie.

Dédiabolisation de Le Pen, diabolisation de Mélenchon

     Revenons à la photographie qui illustre l’article. Le Pen y est choisie souriante, sous son bon jour. Comparons dix autres photographies de Le Pen avec dix photographies de Mélenchon, illustrant d’autres articles récents du Nouvel Observateur :

lepenobs

 https://i0.wp.com/opiam2012.files.wordpress.com/2012/12/il-faut-retenir-cette-photo.jpg?w=640nolibhttps://i0.wp.com/opiam2012.files.wordpress.com/2013/04/3768904-melenchon-le-faux-tract-et-les-cretins-du-fn.jpg?w=640

Un montage utilisé de nombreuses fois par Le Nouvel Observateur : Mélenchon fait la gueule, l’air méprisant, en légère contre-plongée, la mine sombre, le visage à moitié dans l’ombre ; Le Pen neutre, l’air confiante, regardant à l’horizon, sans ombre sur son visage :montage

 méluche

Conclusion : même dans un article critiquant Le Pen, les journalistes du Nouvel Observateur sont tellement maladroits, paresseux et incompétents qu’ils transforment cette critique en promotion – pour une fois involontaire – de l’extrême droite.

***

Notes :

*La « contribution » est une technique utilisée généralement pour faire sa propagande en se défaussant de toute responsabilité, puisque l’auteur n’est généralement pas un  salarié du journal dans lequel il est publié. Exemple, cette « contribution » de L’Express qui sert à assimiler la gauche à l’extrême droite : « Le Pen et Mélenchon, différents mais semblables ». Le journal précise que « les meilleures contributions sont vérifiées, éditées, illustrées, retitrées par les journalistes pour figurer sur la Une du site, dans les newsletters, etc. » et que « la pub, la propagande, la diffamation etc. n’ont pas leur place sur LEXPRESS.fr. ».

1. En novembre 2012, BFN TV avait aussi choisi de conclure un reportage sur Le Pen de cette manière :

« En 2014, le Front national compte bien conquérir plusieurs mairies significatives. L’objectif pour le parti : faire les preuves de sa capacité à gouverner. »

2. « Marine Le Pen : « Dix millions de fausses cartes Vitale circulent ! » », France Soir, 11/07/2011, Dominique de Montvalon et Tugdual Denis).

3. « L’opération séduction de Marine Le Pen devant les chefs d’entreprise », Challenges, 24.01.2012, Jérôme Lefillâtre)

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2 réponses à Le Pen, « seul recours à gauche » selon le Nouvel Observateur

  1. Dorzédéjà dit :

    Parasiter la gauche est l’essence de l’extrême-droite. Les journalistes sont très cultivés, ils devraient le savoir. Ben non, z’en ont jamais entendu parler. Plantu-le-mièvre reste leur horizon indépassable.

  2. jfgarsmeur dit :

    A reblogué ceci sur Guerrier nomadeet a ajouté:
    Pour la comparaison des photos de MLP et JLM

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