Les excès du journaliste Lilian Alemagna

Quand on ne les excite pas, les pauvres sont très contents d’être pauvres

« Nous sommes de gauche, nous luttons contre les injustices, les abus de pouvoir, pour que Libération conserve ses valeurs. » Blague d’un journaliste de Libération, 03/04/14.¹

     Le monde médiatique s’étant profondément droitisé, il repeint logiquement tout ce qui est de gauche en « extrême » gauche, ou en « gauche de la gauche » – considérant que le Parti « socialiste » aurait encore quelque chose à voir avec le socialisme.
Suivant cette logique, Lilian Alemagna – journaliste rigoureux, neutre, objectif et non partisan de Libération – concluait son article du 2 avril (« Gouvernement : Valls doit faire sans les Verts« ) en parlant d' »un Mélenchon cantonné très à gauche ». Pourtant, les propositions de Mélenchon sont tout ce qu’il y a de plus banalement de gauche (retraite à 60 ans, revenu maximum de 1000 euros par jour, dignité du travail, etc.).
Le 11 avril, dans « Les écologistes et le Front de gauche se tournent autour« , Lilian Alemagna concluait encore, dans l’avant-dernière phrase de son article :

« […] pour les écologistes et certains communistes, le parler « cru et dru » et les excès médiatiques de Mélenchon sont toujours jugés contre-productifs pour fédérer cette gauche déçue. »

Lilian Alemagna est un habitué de la dénonciation des « excès » de Jean-Luc Mélenchon. Dans quatre articles des 4, 6 et 11 mai 2013 et du 20 octobre 2010², il dénonçait aussi  ces « excès » :

Article du 4 mai 2013 :

« A Mélenchon la fonction tribunicienne et ses excès. Aux communistes, la culture de la discussion et du compromis. »

Article du 11 mai 2013  :

« Calme d’apparence, « Delap » n’a pas (toujours) les excès de son mentor. »

Article du 6 mai 2013  :

« Cette astuce étymologique doit aussi servir à centraliser le Front de gauche sur l’échiquier politique, déporter le PS à droite et éviter, avec son Parti de gauche et ses excès, le piège de se trouver enfermé dans ce coin laissé vacant par l’effondrement de l’extrême gauche et dont aucun dirigeant ne peut espérer sortir majoritaire… »

Article du 20 octobre 2010 :

« Le verbe haut, fourni, toujours excessif : Jean-Luc Mélenchon est l’attraction médiatique de cet automne politique. »

     Lilian Alemagna a raison : quand on ne les excite pas, les pauvres sont très contents d’être pauvres. L’excès n’est pas chez le journaliste insensible au fait qu’il y a huit millions de pauvres dans un pays si riche. Non, l’excès est chez Mélenchon qui dénonce l’enrichissement non excessif des 500 plus fortunés de France qui se sont modestement enrichis de 25 % en un an. L’excès n’est pas chez celui qui répète « Toujours plus de croissance, de béton, de bagnoles ! ». Celui-là est très modéré et raisonnable. Non, l’excès est chez Mélenchon qui – folie ! outrance ! excès ! blasphème ! – ose faire remarquer qu’une croissance infinie dans un monde fini a quelque chose… d’excessif. Merci donc au journaliste-curé de nous éclairer sur ce qui est excessif, après avoir repeint Mélenchon – de façon très modérée et par un jeu de mots rigolo – en homme qui prône la purification éthnique³.

***

1. « Votre rituel d’accueil est très pestilentiel », 3 avril 2014, article signé « Les salariés de Libération« , Libération.

2. Voir « Le Front de gauche veut réoccuper le pavé« , « Idée fixe, griller les « solfériniens » aux européennes« ,  « « Delap », le Mélenchon à sang froid« , « Jean-Luc Mélenchon, la vox populiste« .

3. « Affaire Cahuzac : Mélenchon pour la « purification » éthique« , Libération, 6 avril 2013.

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Une réponse à Les excès du journaliste Lilian Alemagna

  1. Le simple fait de dire que les communistes sont plus aptes au compromis montre bien l’affiliation PS et donc le manque d’objectivité flagrant du journaliste…
    Sauf que dans les faits, quand les communistes se ralleint au PS dès le premier tour des municipales parisienne par exemple, je ne vois pas ou est la discussion, le compromis… c’est une alliance directe pour obtenir des sièges et rien de plus, il n’y a aucun courage là dedans, aucune volonté d’imposer au PS des contreparties…

    Alors certes, JLM est loin d’être sans défauts et parfois je le trouve moi même assez populiste, démago… (en même temps.. qui ne l’est pas dasn le jeu politicien ?) mais il faut l’attaquer avec de vrais arguments dans ce cas… faire un vrai boulot de journaliste… ce n’est pas le cas ici 😉

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