Diabolisation verbale de Mélenchon dans les médias 2/4

Perroquets et moutons, tous contre le méchant Mélenchon

Excès, frénésie, surenchère, escalade, outrances, saillies, agressions
et populisme médiatique

     Au début du mois de mai, le journaliste de Libération Lilian Alemagna a dénoncé trois fois en huit jours « les excès » de J.-L. Mélenchon ¹. Dans un article du 4 avril, le journaliste de L’Express Tugdual Denis a dénoncé l’« excès », « ces excès », la « frénésie verbale », encore la « frénésie verbale » puis le « vocabulaire outrancier » de J.-L. Mélenchon ². Le 22 mai, le journaliste Jean-Michel Helvig a dénoncé ses « excès verbaux » ³ ; le 25 mars, il dénonçait « l’outrance » et « les outrances » 4. Dans un article du 30 avril, le journaliste Denis Daumin a dénoncé « les excès de langage du leader populiste » 5. Dans un article du 4 mai,  le journaliste Jean-Pierre Bédéï a dénoncé ses « excès » et ses « outrances » 6.

Dans son article paru le 5 mai dans Le Parisien-Aujourd’hui en France le journaliste Philippe Martinat a accusé J.-L. Mélenchon de « surenchère populiste » 7. Tiens, mais quelle était le titre de la Une du Journal Du Dimanche le même jour ?

La Une du 5 mai 2013

La Une du 5 mai 2013

Et de quoi Jean-Michel Bretonnier, journaliste à La Voix du Nord, accuse-t-il Jean-Luc Mélenchon dans sa chronique « Que cherche Jean-Luc Mélenchon ? » du 12 mai 2013 ?
De… « surenchère », encore de « surenchère » , et de « rhétorique outrancière ».

Et quelle était la Une de Libération du 6-7 avril  ? Et celle du Parisien du 7 avril ? Et quel était le titre d’un article de Stéphane Alliès dans Mediapart le 25 mars ? libéparmediapart

Et quelle était la Une de RFI le 6 avril ? « A la Une: l’escalade verbale de Jean-Luc Mélenchon contre François Hollande ».

rfi

Et de quoi Guillaume Malaurie, journaliste au Nouvel Observateur, accuse-t-il J.-L. Mélenchon dans son article du 9 mai, « Le balai de Mélenchon » ? De… « cette surenchère qui tranche le monde en deux camps ennemis irréductibles, les affreux d’un côté flanqués de Judas, et les Justes de l’autre ».

Et de quoi Maël Thierry, journaliste au Nouvel Observateur, accuse-t-il J.-L. Mélenchon, dans son article du 9 mai, « L’héritier rouge » ? D’« escalade populiste. »

Et de quoi Jacques Julliard, journaliste à Marianne, accuse-t-il J.-L. Mélenchon dans son éditorial du 6 mai, « Contre le « Hollande bashing » » ? D’ « escalade verbale » 8.

Et de quoi Dominique Garraud, journaliste de La Charente Libre, accusait-il  J.-L. Mélenchon, dans un article du 31 mars titré « Mélenchon ou le pari de l’aboyeur« ? De… « surenchère populiste », de « surenchère mélenchonienne » et de « surenchère » tout court.

Et de quoi le « philosophe » Marcel Gauchet accusait-il J.-L. Mélenchon dans un entretien avec Le Nouvel Observateur en août 2012 ? D’avoir poussé « la surenchère jusqu’au déni pur et simple que l’immigration pose problème. C’est ce qu’il a voulu vendre contre Marine Le Pen et c’est là-dessus notamment qu’il s’est planté. » 9

Et de quoi Éric Decouty, journaliste à Libération, accuse-t-il J.-L. Mélenchon dans son article du 11 mai, « L’homo politicus dévoré des yeux » ? De… « déclarations à l’emporte-pièce, souvent violentes ou outrancières ».

Voyons maintenant quel vocabulaire Philippe Martinat emploie dans son article paru le 5 mai 2013 dans Le Parisien-Aujourd’hui en France (« Mélenchon de retour à la Bastille ») :

                                                                                                                                                                                                               « Ces dernières semaines, le coprésident du Parti de gauche n’a cessé de durcir le ton. Dernière saillie en date vendredi à Lille, où il a assimilé le gouvernement à une « bande d’incapables ». Derrière ces agressions verbales pas toujours contrôlées — notamment vis-à-vis de Pierre Moscovici, le ministre de l’Economie, accusé de « ne plus penser en Français » —, l’homme à la cravate rouge, qui avait appelé à voter Hollande au second tour de la présidentielle, a choisi une stratégie d’opposition totale au PS. Son objectif : casser ce parti qui a pourtant été le sien si longtemps. En un an, il stagne à 11 %, quand Le Pen gagne 6 points Persuadé que le PS va se fracasser sur la crise économique, il rêve d’en récupérer les morceaux et ne cesse d’ailleurs de faire des appels du pied à Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, les deux ministres incarnant l’aile gauche au gouvernement. En pleine surenchère populiste, Mélenchon ambitionne aussi d’égaler Marine Le Pen, à l’autre bout de l’échiquier politique. Telle la grenouille de La Fontaine qui veut se faire aussi grosse que le bœuf, Mélenchon en fait des tonnes. Le problème est que ça ne marche pas. Un sondage BVA pour i>télé le démontre : en un an, il n’a pas gagné un seul point (il stagne à 11% d’intention de vote, son score de la présidentielle) tandis que Marine Le Pen, elle, en gagne 6. Seule consolation pour « le tribun du peuple », il progresse chez les ouvriers, là où Hollande recule. Explication de Gaël Sliman, le directeur de BVA : « Quand ça tangue, les gens ont plutôt envie de faire confiance à ceux qui se mettent dans des postures raisonnables. Face à une Marine Le Pen qui s’efforce de se normaliser, Mélenchon perd en crédibilité avec son discours trop violent. » Mais, comme dit la morale de la fable, le monde est plein de gens qui ne sont pas sages. »

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Traduction : voyez comme je ne suis pas populiste, Moi le Journaliste ! Voyez comme les autres vous mentent, et comme je ne vous mens pas ! Pourtant, quoi de plus populiste ? Quoi de plus subjectif ? Celui qui accuse de populisme s’octroie le droit de s’extraire du fourre-tout « les populistes ».

     Il y a un ouvrage qui montre « l’importance qu’ont les mots, qu’ils soient là pour définir, pour se démarquer ou pour stigmatiser ». Il s’agit d’« Extrêmes »  ? Identités partisanes et stigmatisation des gauches en Europe (XVIIIe-XXe siècle) dont les textes ont été présentés lors du colloque international du même nom, organisé à Rouen en mai 2010. Les auteurs de l’introduction écrivent que, « pendant les luttes,  les individus deviennent plus intelligents et prennent subitement conscience de réalités sociales occultées. […] Après les révolutions ou même parfois localement après telle ou telle lutte, comme celle de Lib à Besançon, les « excès » des journées révolutionnaires ou des ouvriers engendrent des stéréotypes politiques ou culturels. Il convient de mettre en lumière les usages politiques de ces stigmatisations via le refoulement de l’adversaire dans un extrémisme qui le transforme en ennemi. Ainsi l’« enragé » ou l’« homme au couteau entre les dents », devenus des représentations de l’ennemi politique, ont contribué à l’émergence de mouvement contre-révolutionnaires en cristallisant les oppositions sur ces figures qui combinent des clichés anciens – barbares, régicide, terroriste, Asiate – associés à de nouveaux comme le bolchévique ou le rouge. »

Mélenchon ne fait pas que de l’escalade, il fait aussi du surf (voir « « Mélenchon = Le Pen » dans le Courrier international »).

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Notes :

1. « Lilian Alemagna le réaliste contre J.-L. Mélenchon l’« irréaliste », OPIAM.

2. « Le Pen-Mélenchon: la mode est au langage populiste« 

3. « La gauche, la droite et les irréconciliables« , 22/05/13, La République des Pyrénées.

4. « L’outrance calculée de Mélenchon« , 25/03/13, La République des Pyrénées.

5. « Jean-Luc Mélenchon combien de divisions ?« , puis titre modifié : « Pour Jean-Luc Mélenchon, le 1er mai se jouera le 5 mai« .

6. « Les extrêmes à fronts renversés pour fêter le 1er anniversaire de l’élection de Hollande« , 04/05/13, La Dépêche.

7. « Mélenchon de retour à la Bastille« 

8. « Contre le « Hollande bashing »« , 06/05/13, Marianne.

9. « Hollande condamné au courage », 28/06/12, Le Nouvel Observateur.

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Voir aussi « Diabolisation verbale de Mélenchon dans les médias 1/4« 

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5 réponses à Diabolisation verbale de Mélenchon dans les médias 2/4

  1. dorzédéjà dit :

    Une telle unanimité pourrait faire penser à un complot : peut-être y a-t-il en effet dans ce petit milieu qu’est la médiacratie, qui bouffe et bosse ensemble, des manœuvres de coordination. Mais la réalité est bien pire : le complot est intériorisé. Ils croient frénétiquement à ce qu’ils rabâchent. Tels les caniches qui portent leur laisse, ils sont devenus des TINA sur pattes. Mélenchon a dit la vérité, il doit être exécuté.

  2. « Agir en primitif et prévoir en stratège », écrit René CHAR dans « Feuillets d’Hypnos », ceci ne qualifierait-il pas la méthode suivie par jean-Luc Melenchon en politique ?

  3. May H. Koch dit :

    Il y a et aura matière à surenchère, ce en quoi l’intéressé excelle. Aucun doute qu’il ne s’en privera pas afin d’exister médiatiquement, malgré son revers à la présidentielle puis aux aux élections législatives en juin. Mieux vaut, dans ces conditions, tenter de le décrédibiliser au plus vite.

    • .. Dumont Martine dit :

      il faudrait se rendre compte que Mélenchon est en fait très rarement excessif dans ses propos en meeting, par exemple! Au contraire : ils sont carrément pédagogiques! il ne l’est justement qu’en réponse aux agressions constantes d’abord de la presse : son combat c’est de dénoncer pour qui elle roule! Ou en réponse aux agressions de ses rivaux politiques qui sont en général d’une bassesse extrême mais qui apparemment ne dérange personne! Mélenchon, il vaut mieux l’écouter lui que ce qu’on en dit… c’est rarement le cas! Le « revers de Mélenchon aux présidentielles ? c’est un point e vue… il recommence le tout avec un autre mouvement créé.. si l’on compare avec sa formation politique précédente (Front de Gauche) il passe de 11 à 19% et ce dans une totale décomposition de la « gauche  » française…ou de 4 à 7 millions d’électeur : pas si loin de deuxième et troisièmes. ne devriez-vous pas garder votre indignation pour la dynastie Le Pen qui n’a rien de républicain! Au débat des 11 c’et Mélenchon qui obtient la meilleure note dans les sondages : la moindre « surenchère »?Le décrédibiliser » se fera sur des broutilles qui ne persuaderont que des gogos! C’est bien là-dessus que table une presse sans indépendance. PAS sur l’essentiel : son programme et le fait aussi qu’à l’issue d’une longue carrière, lui ne traîne en tout cas pas de casseroles!

  4. Debbie Hoover dit :

    Me Mélenchon y va parfois un peu fort en paroles !Mais son discours n est pas toujours faux !Par contre traiter son discours  » de relents antisémites « c est un peu gros !Je n ai rien entendu de tel!Le parti socialiste est en train de faire et de dire n importe quoi pour enfoncer tous ceux qui pourraient le gêner!Drôle de défense ?

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