Dénigrement visuel de la Révolution : un étrange mimétisme

Haine de la Révolution : un choix illustratif dans L’Express

     Entre juin et novembre 2013, la photographie ci-dessous a illustré au moins trente trois articles de presse. Au choix de cette illustration par des journalistes très hostiles à Jean-Luc Mélenchon correspond une caricature de la toute fin du 18ème siècle, ci-dessous à droite, du révolutionnaire Marat se faisant assassiner.

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Le 14 novembre 2014, L’Express a illustré son article « Mélenchon voit dans le jeu Assassin’s Creed une « haine de la révolution » » par un dessin censé représenter Robespierre, extrait du mini-film d’animation de Assasin’s Creed :

Mélenchon voit dans le jeu Assassin's Creed une "haine de la révolution"

On notera là encore l’étrange proximité de la représentation du révolutionnaire : même pose, même bouche grande ouverte, même crispation du visage et de la main. On reconnaît aussi la transposition d’une récente reconstitution en 3D du soi-disant visage de Robespierre, marqué par la vérole.

« Le visage de la Terreur » (BFN TV à propos de Robespierre)
« Visage hideux et dangereux  » (Le Pen à propos de Mélenchon)

Récemment, BFN TV a titré à propos de Robespierre : « Le visage de la Terreur ». Marine Le Pen a décrit Jean-Luc Mélenchon comme étant un homme au « visage hideux et dangereux » (voir Europe1, « Le Pen dézingue Mélenchon », 4 juin 2012).

L’historien Claude Guillon écrit dans « La contre-révolution inconsolable : “Assassin’s creed unity” sur vos consoles » (14 novembre) que « ce mini film de 5 minutes est un véritable ciné-tract de dénonciation de la Révolution française comme bain de sang et règne des bas instincts du peuple, lequel se révolte certes contre une aristocratie corrompue. […] Le film d’animation se rattache à l’historiographie contre-révolutionnaire, par le vocabulaire utilisé (Robespierre « règne »), et par l’imagerie. »

Le mini-film dit de Robespierre qu’ « il prétendait représenter le peuple face à la monarchie, mais [qu’] il était bien plus dangereux que n’importe quel roi ».
On notera là encore que la tendance, présente aussi chez un grand nombre de journalistes, est de diaboliser Mélenchon et de dédiaboliser Le Pen, certains allant jusqu’à illustrer leurs articles par des photographies glamour de Le Pen, martelant qu’elle est de gauche, tandis que Mélenchon est un nouvel Hitler, un purificateur ethnique « encore moins crédible que Le Pen », que son vocabulaire est « plus épouvantable que le FN », qu’il « atteint un niveau d’insulte et de mépris à l’égard de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault que même le Front national ne s’autorise pas », qu’il est « le pire des xénophobes », etc.

Dans « Images de la bouche béante dans la caricature française et anglaise pendant la Révolution », Barbara Stentz, docteur en histoire de l’art, écrit à propos de la caricature ci-dessus :

« […] Marat est changé en personnage grotesque et fortement enlaidi. Ce défoulement sur le corps du député montagnard reflète la répulsion de Cruikshank à son égard et, par extension, celle de l’opinion anglaise à l’encontre du radicalisme révolutionnaire français. La laideur physique signifie la laideur morale et les déformations corporelles signalent la dangerosité.
[…] Si l’image de la bouche béante a une portée symbolique déjà ancienne, la caricature politique de l’extrême fin du 18e siècle a su réemployer ce motif expressif à des fins de propagande, contribuant à établir des types physiques de l’ennemi en correspondance à sa laideur morale et à sa bestialité, dans tous les sens du terme. […] Ce qui ressort de ces quelques exemples de bouches criantes est à mettre en relation avec toutes les théories qui visent à décoder et interpréter les signes des débordements du corps, ceux de la mimique en particulier, censés permettre de démasquer et de dénoncer l’ennemi […]. »
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Une réponse à Dénigrement visuel de la Révolution : un étrange mimétisme

  1. Dorzédéjà dit :

    On imagine un jeu sur la révolution américaine, avec Washington dans le rôle de Robespierre- Mélenchon, et la dame de fer de l’époque dans celui de Angela Merkel.

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